Quand un proche vous annonce qu’il est trans, la première question qui vient n’est souvent pas administrative ou médicale. C’est plus simple et plus concret que ça : comment je lui parle maintenant ? Quel prénom j’utilise ? Et si je me trompe ?
Ce guide ne part pas du principe que vous êtes mal intentionné. La plupart des gens qui mégenrent ou utilisent l’ancien prénom d’une personne trans ne le font pas par méchanceance. Ils le font par habitude, par maladresse, par manque d’information. Il y a une différence entre ne pas savoir et ne pas vouloir savoir. Ce texte s’adresse aux premiers.

Le prénom choisi : pourquoi c’est important et comment s’y habituer
Le prénom choisi, c’est le prénom qu’une personne trans utilise pour correspondre à son identité de genre. Ce n’est pas forcément celui qui figure encore sur ses papiers d’identité. Les deux peuvent coexister pendant une période, le temps que les démarches administratives aboutissent.
À l’inverse, l’ancien prénom – celui donné à la naissance – s’appelle le deadname, ou morinom en français. Utiliser ce prénom après que la personne vous a demandé de ne plus le faire, c’est lui renvoyer une identité qu’elle a quittée. Volontaire ou non, l’effet est le même.
L’habitude joue un grand rôle ici. Appeler quelqu’un par un prénom pendant quinze ou vingt ans, ça laisse des traces neurologiques. Se corriger demande un effort conscient au début, et c’est tout à fait normal. Ce qui compte, c’est de faire cet effort et de ne pas s’en servir comme excuse pour ne pas essayer.
Une chose pratique aide beaucoup : s’entraîner seul, avant les interactions. Répéter le prénom à voix haute, l’écrire, se raconter mentalement une anecdote sur la personne en utilisant son nouveau prénom. Le cerveau s’adapte, mais il a besoin qu’on l’y aide.
Pour en savoir plus, veuillez contacter l’Association des parents transgenres. Ils vous comprendront et vous aideront.
Les pronoms : il, elle, iel – et comment les utiliser sans se perdre
Les pronoms, c’est ce qu’on utilise pour parler de quelqu’un quand on ne s’adresse pas directement à lui. « Il est parti », « elle m’a appelé ». Pour une personne trans, utiliser le bon pronom, c’est la reconnaître dans ce qu’elle est.
Pour un homme trans, on utilise « il ». Pour une femme trans, « elle ». Certaines personnes trans sont non binaires – elles ne se reconnaissent ni complètement dans « homme » ni dans « femme ». Elles utilisent parfois le pronom « iel », une contraction de « il » et « elle » qui existe en français depuis plusieurs années et figure désormais dans le Petit Robert.
Si vous n’êtes pas sûr des pronoms d’une personne, la solution la plus simple est de lui poser la question. Pas en public, pas en faisant une annonce – juste, dans un moment calme : « Quels pronoms tu utilises ? ». La question ne blesse personne. Ce qui blesse, c’est de ne jamais la poser et de continuer à se tromper.
Une précision utile pour les évenements familiaux et les situations du quotidien : même quand on parle de la personne au passé, on utilise son prénom actuel et ses pronoms actuels. « Quand Thomas était petit », et non « quand il s’appelait encore Marie ». Cette dernière formulation expose le deadname sans raison et peut blesser.
Mégenrer : ce que ça fait, même sans le vouloir
Mégenrer, c’est s’adresser à une personne ou parler d’elle en utilisant le mauvais genre. « Monsieur » à une femme trans, « elle » pour un homme trans. Ça peut être une erreur involontaire, une maladresse, ou un acte délibéré. Les conséquences, elles, ne dépendent pas de l’intention.
Des chercheurs suisses et québécois ont établi que le mégenrage répété contribue directement à la suicidalité élevée chez les personnes trans. Ce n’est pas une formule choc. C’est une donnée publiée dans des revues à comité de lecture. Pour les jeunes trans en particulier, être mégenré régulièrement par leur entourage proche est l’un des facteurs de risque les plus documentés.
À l’inverse, une étude australienne de 2024 portant sur des jeunes trans a montré que l’affirmation sociale – dont l’usage correct des pronoms et du prénom choisi par la famille et les amis – est associée à une réduction significative du risque suicidaire. Ce n’est pas secondaire. C’est l’un des facteurs de protection les plus accessibles, parce qu’il ne coûte rien et ne nécessite aucune démarche administrative.
Quand on se trompe : comment réagir sans en faire trop
Tout le monde se trompe. C’est inévitable au début, et ça arrive encore des années après. La question n’est pas de ne jamais se tromper, c’est de savoir comment réagir quand ça arrive.
La règle est simple : on se corrige brièvement, on continue. « Elle… enfin, il a dit que… », et on passe à la suite. Pas d’excuses à rallonge, pas de moment de théâtre sur votre propre maladresse. Ces longues excuses mettent la personne trans dans la position de devoir vous consoler, alors qu’elle est celle qui vient d’être blessée.
Ce qui pose problème, c’est la répétition. Se tromper une fois en six mois, c’est une erreur. Se tromper à chaque repas de famille pendant deux ans, c’est un choix – même si on ne le vit pas comme ça.
La civilité et les situations du quotidien
Au-delà des pronoms, la civilité pose souvent des questions pratiques. « Madame » ou « Monsieur » ? La régle est la même : on utilise la civilité que la personne demande, indépendamment de ce qui figure sur ses papiers. Les mentions « Madame » et « Monsieur » ne font pas partie de l’état civil. Aucun texte de loi n’impose de les faire correspondre au sexe enregistré.
Il arrive que les papiers d’une personne trans ne correspondent pas encore à son identité – le prénom a été changé, mais pas encore la mention de sexe, ou l’inverse. Dans ce cas, la mention du sexe peut être supprimée des documents où elle n’est pas légalement obligatoire. Carte de bibliothèque, carte étudiante, abonnements divers : rien n’impose d’y faire figurer un genre.
Dans un contexte professionnel, la question se pose différemment. Certaines personnes trans ne sont pas out au travail, ou ne le sont qu’avec certaines personnes. Parler d’elles avec le mauvais prénom ou le mauvais pronom devant des collègues qui ne sont pas au courant, c’est risquer de les outer malgré elles. Avant d’utiliser le prénom choisi dans un contexte que vous ne maîtrisez pas, vérifiez avec la personne ce qu’elle préfère.
Ce qu’on ne fait pas – quelques règles de base
Certaines questions ou comportements reviennent souvent dans l’entourage des personnes trans, avec les meilleures intentions du monde. Ils posent néanmoins problème.
- On ne demande pas le deadname. Même par curiosité, même pour « mieux comprendre ». Si la personne veut en parler, elle le fera d’elle-même.
- On ne révèle pas la transidentité d’une personne sans son accord, même à un membre de la famille. C’est à elle de décider qui est au courant, et quand.
- On ne pose pas de questions sur les opérations ou le corps. Ces sujets appartiennent à la personne. Si elle veut en parler avec vous, elle le fera.
- On ne présente pas la transidentité comme une phase, une mode ou quelque chose à « attendre de voir ». Même si vous avez des doutes, les exprimer de cette façon n’aide pas.
Ces règles ne visent pas à censurer les proches. Elles existent parce que les personnes trans entendent ces questions et ces commentaires très souvent, de très nombreuses personnes différentes, et que l’accumulation pèse lourd.
Si vous ne savez pas par où commencer pour accepter votre enfant, n’hésitez pas à consulter la section Questions fréquentes des parents après le coming out d’un enfant trans.
Les personnes non binaires : quelques nuances supplémentaires
Toutes les personnes trans ne s’identifient pas exclusivement comme homme ou femme. Les personnes non binaires ont des identités de genre qui ne rentrent pas dans cette catégorisation binaire. Certaines utilisent « iel », d’autres préfèrent qu’on évite les pronoms genrés en les désignant par leur prénom directement.
L’écriture inclusive peut aider dans certains contextes écrits. « iel est arrivé·e » ou « iel est arrivée » selon ce que la personne privilégie. À l’oral, on peut utiliser le prénom plus souvent que le pronom, pour éviter l’accord. « Alex est arrivé hier » plutôt que de chercher le bon accord.
Si vous n’êtes pas à l’aise avec « iel », la personne concernée le sait généralement. Ce qui compte, c’est de faire un effort visible. Chercher, se corriger, reposer la question si on n’est plus sûr. Le confort linguistique vient avec la pratique.
Ce que le soutien des proches change, concrètement
Une étude australienne publiée en 2024 dans International Journal of Transgender Health a suivi des jeunes trans sur plusieurs années. Ceux dont l’entourage familial utilisait leur prénom choisi et leurs pronoms présentaient des niveaux de détresse psychologique nettement plus bas. L’effet est mesurable, documentable, et il ne nécessite aucun accès aux soins médicaux.
Dit autrement : ce que vous faites dans les interactions du quotidien – le prénom que vous utilisez, le pronom que vous écrivez dans un SMS – a un impact réel sur la santé mentale de votre proche. Ce n’est pas une métaphore.
Se tromper n’est pas dramatique. Ne pas essayer, l’est davantage.
Pour aller plus loin
Si vous cherchez d’autres ressources, plusieurs associations françaises publient des guides accessibles et régulièrement mis à jour.
- Chrysalide publie un guide pratique à l’usage de l’entourage des personnes trans, téléchargeable gratuitement sur son site.
- Fransgenre propose des ressources sur la transition et les démarches, ainsi qu’un lexique clair pour les personnes qui découvrent le sujet.
- La Fondation Le Refuge accompagne les jeunes trans en situation de rupture familiale, et peut orienter les familles qui traversent une période difficile.
- OUTrans propose des permanences juridiques et peut répondre aux questions administratives spécifiques.
Avoir un proche trans, c’est apprendre quelque chose de nouveau. Comme tout apprentissage, ça prend du temps. La différence, c’est que pendant ce temps, la personne en face de vous vit avec les conséquences de vos erreurs. Ce n’est pas une raison de vous décourager – c’est une raison de commencer maintenant.
