Quand un petit-fils ou une petite-fille annonce sa transidentité, les grands-parents peuvent l’impliquer sans le brusquer en écoutant d’abord, en respectant le prénom et les pronoms choisis, et en acceptant que leur propre adaptation prenne du temps sans que cela retarde le soutien concret à l’enfant.
Pourquoi le choc émotionnel des grands-parents est normal
Apprendre que son petit-fils devient sa petite-fille, ou l’inverse, bouscule des repères construits depuis la naissance de l’enfant, et ce trouble touche parfois des grands-parents pourtant très attachés, aimants, et jusque-là ouverts d’esprit sur tous les autres sujets de la vie familiale. Une grand-mère suisse racontait avoir vu son petit-fils se recroqueviller dès l’âge de trois ans avant de répéter qu’il était une fille, un souvenir resté flou et douloureux des années après.
Ce trouble n’a rien d’anormal. Il coexiste souvent avec un attachement intact.
« Je suis fière d’être ta grand-mère. »— témoignage d’une grand-mère américaine de 75 ans, cinq semaines après le coming-out de sa petite-fille
Ce qui pose problème, ce n’est pas l’émotion elle-même. C’est quand elle prend toute la place et que le petit-enfant doit, en plus de vivre sa propre transition, rassurer ses grands-parents en continu.
Les mots et attitudes qui aident (et ceux qui blessent)
Certains réflexes, pourtant bienveillants en apparence, finissent par isoler l’enfant au lieu de le rapprocher. D’autres, plus discrets, construisent la confiance sur la durée.
| À privilégier | À éviter |
|---|---|
| Utiliser le prénom choisi, même en cas d’erreur occasionnelle suivie d’excuse | S’accrocher à l’ancien prénom (deadname) par habitude ou par nostalgie |
| Demander une seule fois quels pronoms employer, puis les utiliser | Multiplier les questions intrusives sur le corps ou la sexualité |
| Dire simplement « je t’aime, je suis là » | Promettre que « ça passera » ou que c’est « une phase » |
| Accepter de ne pas tout comprendre tout de suite | Exiger que l’enfant justifie son identité à chaque visite |
| S’informer soi-même avant de reposer des questions | Reporter toute la charge explicative sur l’enfant |
Un dialogue calme compte souvent plus qu’un long discours.
Suzanne, grand-mère d’un jeune homme transgenre de 22 ans, racontait elle-même au micro d’une émission de radio lui avoir dit un jour, avant même le début de la transition : « Mamie t’aimera tout autant. » Cette phrase courte a plus pesé, selon son propre témoignage, que n’importe quel long discours.
La règle des 3 C, appliquée à cette situation
Chez les grands-parents en général, une règle informelle circule souvent : pas de Conseil, pas de Critique, que des Compliments, pensée à l’origine pour éviter d’interférer dans les choix éducatifs des parents. Appliquée à un petit-enfant trans, elle prend un sens particulier :
- ✓Pas de conseil non sollicité sur la façon dont les parents gèrent la transition, le rythme ou les démarches administratives.
- ✓Pas de critique, ni envers l’enfant sur son identité, ni envers les parents sur leur manière d’accompagner.
- ✓Des compliments et des marques d’affection concrètes, qui comptent davantage qu’un débat sur le sujet.
Cette règle ne dispense pas de poser des questions pour comprendre. Elle évite seulement de transformer chaque visite en commentaire sur ce que la famille devrait faire différemment.
Impliquer les grands-parents étape par étape
Pour les parents qui cherchent à faire entrer les grands-parents dans la boucle sans les brusquer, une progression par paliers fonctionne mieux qu’une annonce brutale suivie d’un silence gêné qui s’installe et devient de plus en plus difficile à rompre au fil des semaines.
- 1.Choisir un moment calme, sans autre sujet familial en tension, pour amorcer la discussion.
- 2.Donner l’information factuelle en premier : prénom, pronoms, où en est l’enfant dans sa démarche.
- 3.Laisser un temps de silence et accueillir la première réaction sans la corriger immédiatement.
- 4.Proposer une ressource simple à lire plutôt qu’un long débat oral sur le moment.
- 5.Associer les grands-parents à des gestes concrets : une lettre, un appel régulier, une invitation qui continue comme avant.
- 6.Fixer un prochain point de contact, même bref, pour éviter que le sujet ne s’enlise dans le non-dit.
- 7.Valoriser chaque progrès, même minime, comme l’usage correct du prénom une fois sur deux au début.
Un geste simple, comme une lettre, peut ouvrir le dialogue.
Cette progression respecte à la fois le besoin de temps des grands-parents et le besoin de reconnaissance immédiate de l’enfant, sans sacrifier l’un pour l’autre.
Quand un désaccord familial complique la relation
Certains grands-parents expriment un mélange d’acceptation et de réserve, parfois dans la même phrase, sans que cela signifie un rejet de fond. L’acteur Elliot Page, dont le coming-out trans a marqué de nombreuses familles francophones à travers les témoignages qu’il a suscités, avait résumé sa démarche en quelques mots :
« Je suis trans, mes pronoms sont he/they et mon nom est Elliot. »
Un désaccord passager ne signifie pas un rejet définitif.
Quand le désaccord porte sur des décisions médicales ou sur le rythme de la transition, parfois lié à une dysphorie de genre exprimée depuis l’enfance, mieux vaut en discuter directement avec les parents plutôt que devant l’enfant. Le petit-enfant n’a pas à arbitrer un conflit de génération en plus de vivre sa propre transition.
FAQ
La règle des 3 C, c’est quoi concrètement pour un grand-parent ?
Pas de conseil, pas de critique, que des compliments : soutenir sans juger la façon dont les parents gèrent la situation.
Mon petit-enfant vient de faire son coming-out trans, que dire dans l’instant ?
Le remercier pour sa confiance, écouter sans juger, et garder les questions pratiques pour un moment plus calme.
Dois-je changer immédiatement le prénom et les pronoms que j’utilise ?
Oui autant que possible. Une erreur suivie d’une correction naturelle est comprise, un refus prolongé blesse durablement.
Et si je n’arrive pas à tout accepter tout de suite ?
Le dire honnêtement à l’enfant plutôt que de faire semblant, en assurant que l’amour reste entier malgré le temps d’adaptation.
Comment rester présent sans empiéter sur le rôle des parents ?
Se renseigner soi-même, proposer sa présence sans l’imposer, et laisser les parents rester les interlocuteurs principaux.
