ExisTransInter 2026: histoire et enjeux de la marche d’octobre

ExisTransInter 2026:

L’ExisTransInter est la marche annuelle des personnes trans et intersexes et de celles et ceux qui les soutiennent. Elle est organisée à Paris depuis 1997 par une coordination inter-associative. Au 19 août 2026, aucune date n’a été publiée pour la 29e édition. Le 18 octobre est la date de l’édition 2025, qui tombait un samedi. En 2026, ce jour est un dimanche, alors que toutes les éditions documentées depuis 2002 se sont tenues un samedi. Chercher aujourd’hui la marche du 18 octobre revient donc à chercher la date de l’année passée.

Trois éléments sont stables depuis le retour de la marche en automne. Le mois d’octobre, le départ place de la République, un rassemblement annoncé à 14 h. Le reste se rediscute chaque année: jour exact, parcours, mot d’ordre, composition du cortège. Et l’année 2025 a laissé la coordination organisatrice ouvertement divisée.

Ce qui est acquis et ce qui ne l’est pas pour l’édition 2026

Le collectif organisateur réunit notamment Fransgenre, l’Organisation de Solidarité Trans, OUTrans et Trans’gressif. D’autres structures trans y participent ponctuellement, aux côtés d’organisations alliées. La marche ne reçoit aucune subvention publique. Son budget couvre la location des camions, la sonorisation et l’interprétation en langue des signes. Il repose sur des dons et sur des soirées de soutien, ce qui explique un calendrier de communication très resserré.

Le délai d’annonce publique est court, et les deux dernières éditions le montrent. En 2024, la soirée de soutien précédant la marche du 12 octobre a été annoncée le 8 octobre. En 2025, le communiqué appelant à la marche du 18 octobre a été signé le 4 octobre. Quatorze jours d’avance. Une annonce publiée fin septembre ou début octobre 2026 suivrait donc le rythme habituel, et l’absence d’information à la mi-août n’a rien d’anormal.

Le 18 octobre n’est pas une date anniversaire

Une confusion circule dans les reprises de presse. La marche aurait lieu le troisième week-end d’octobre. La règle a existé, elle ne décrit plus la pratique récente. Le tableau ci-dessous reprend six éditions dont la date est attestée par les annonces des organisateurs ou par la presse spécialisée.

Édition Date Jour Rang du samedi dans le mois Point de départ
20e 15 octobre 2016 samedi 3e métro Belleville
23e 19 octobre 2019 samedi 3e place de la République
25e 14 mai 2022 samedi 2e place de l’Opéra
26e 13 mai 2023 samedi 2e place de la République
27e 12 octobre 2024 samedi 2e place de la République
28e 18 octobre 2025 samedi 3e place de la République

Le calendrier de la marche a occupé au moins quatre positions différentes depuis 2002. Les éditions du début des années 2000 se tenaient le premier samedi d’octobre. Le 5 octobre 2002, le 4 octobre 2003, le 2 octobre 2004, le 1er octobre 2005. Les années 2014 à 2019 se calent sur le troisième samedi. En 2022 et 2023, la marche passe en mai. Le collectif annonce en 2023 le retour des éditions suivantes en octobre. Dès ce retour, le rang varie encore: deuxième samedi en 2024, troisième en 2025.

L’arithmétique du calendrier tranche le reste. En 2026, le deuxième samedi d’octobre est le 10 et le troisième le 17. Sous aucun des deux schémas récents la marche ne peut tomber le 18, qui est un dimanche. Le 18 octobre a bien été une date de marche en 2014 et en 2025, par coïncidence de calendrier. Ces deux années-là, le troisième samedi d’octobre portait ce numéro.

Vingt-huit éditions pour vingt-neuf ans, le compte qui manque une année

Le décompte des éditions ne colle pas avec le nombre d’années écoulées, et personne ne l’explique. La marche de 2019 était annoncée comme la 23e. Celle de 2024 comme la 27e. Entre les deux, cinq années civiles se sont écoulées, mais seulement quatre numéros d’édition. Une année a donc disparu du compte.

Des marches ont bien eu lieu en 2022 et en 2023. L’année manquante se situe en 2020 ou en 2021, pendant les restrictions sanitaires. Les récits publiés diffèrent sur ce point. Certains décrivent une édition 2020 annulée et une édition 2021 à distance. D’autres présentent la marche du 14 mai 2022 comme l’édition 2021 reportée. Le résultat comptable est le même: le numéro 25 attribué à mai 2022 est attesté par ailleurs.

La conséquence pratique tient en une ligne. 2025 était la 28e édition, 2026 sera la 29e. Vingt-neuf éditions pour trente années civiles depuis la première marche de 1997, qui avait réuni une soixantaine de personnes à l’initiative de l’Association du syndrome de Benjamin.

Ce que le changement de nom a acté en 2019

drapeau trans intersexe

Le drapeau intersexe est apparu dans les cortèges bien avant le changement de nom de la marche.

La marche s’est appelée Existrans de 1997 à 2018. Le nom ExisTransInter est adopté par vote pour l’édition du 19 octobre 2019. La justification du collectif est explicite: rendre visibles les personnes intersexes et rappeler que les deux luttes sont liées. L’opération n’a rien de cosmétique: elle vient conclure un mouvement entamé douze ans plus tôt.

Les revendications intersexes entrent dans la plateforme dès 2007. Une demande y figure depuis cette date: l’arrêt des assignations hormono-chirurgicales sur les enfants intersexes. Ce point marque la ligne de partage la plus nette avec le droit français. La loi de bioéthique de 2021 n’a pas interdit ces interventions, alors que la France avait déjà été mise en cause sur ce terrain par plusieurs instances nationales et internationales. Le mot d’ordre de 2019 associait dans une même phrase les personnes intersexes, migrantes et trans, et renvoyait au meurtre de Vanesa Campos, travailleuse du sexe trans tuée au bois de Boulogne en 2018.

La rupture d’octobre 2025 pèse sur l’organisation de 2026

Le 4 octobre 2025, treize associations trans et intersexes publient un communiqué. Elles reprochent à la coordination d’avoir ouvert l’organisation aux partis, aux syndicats et aux structures LGBT+. Parmi les signataires figurent Acceptess-T, OUTrans, le Collectif Intersexe Activiste – OII France et Toutes des Femmes. Le texte appelle malgré tout à défiler le 18 octobre, mais sous une identité précise.

une marche par et pour, fondée sur l’auto-organisation et l’autonomie

Communiqué commun de treize associations trans et intersexes, 4 octobre 2025

Le désaccord porte sur un point de fond. Une organisation non concernée peut-elle voter dans les réunions internes. Un vote interne de novembre 2022 avait répondu non. Les signataires estiment que la règle a été contournée à partir de 2024. Le départ du seul collectif intersexe pose en outre une question sur l’usage du nom. On ignore comment le conflit a été tranché. Appel unique ou appels concurrents en 2026, les deux restent possibles.

Cinquante euros, le changement d’état civil n’est plus gratuit

changement état civil

Depuis le 1er mars 2026, déposer une requête devant le tribunal judiciaire suppose un timbre de 50 euros.

C’est la nouveauté la plus concrète depuis la dernière marche. L’article 128 de la loi de finances pour 2026, la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, crée une contribution pour l’aide juridique. Son montant est de 50 euros par instance introduite en matière civile devant un tribunal judiciaire. Le dispositif est codifié à l’article 1635 bis Q du code général des impôts et vise les instances introduites à compter du 1er mars 2026. Le paiement conditionne la recevabilité, avec une régularisation possible sous un mois.

L’effet sur les personnes trans tient à la structure des démarches françaises. Deux procédures que le débat public confond en permanence doivent ici être séparées.

  • Le changement de prénom se fait en mairie, sans juge et sans frais, depuis la loi du 18 novembre 2016. La contribution ne le concerne pas.
  • Le changement de la mention de sexe passe par une requête devant le tribunal judiciaire, au titre des articles 61-5 à 61-8 du code civil. C’est une instance civile, donc un dossier soumis à la contribution, ce dont les associations trans ont alerté dès le vote du budget.
  • La voie judiciaire d’exception est empruntée depuis 2022 par les familles de mineurs non émancipés. Elle relève du même tribunal, donc du même timbre.

Le montant paraît modeste. La comparaison historique l’est moins. Une contribution du même type, fixée à 35 euros, avait été instaurée par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011, applicable depuis le 1er octobre de la même année. Un rapport sénatorial de 2013 relève un recul d’environ 13 % des saisines dans les contentieux de faible montant. La comparaison porte sur le premier semestre 2011 et le premier semestre 2012. Le ministère y voyait alors un obstacle à l’accès au juge. Le timbre a été supprimé au 1er janvier 2014.

Le nouveau montant représente une hausse nominale d’environ 43 % sur celui qui avait été abandonné douze ans plus tôt. En 2026, l’aide juridictionnelle n’est plus accessible au-delà de 19 433 euros de revenu annuel. Les 50 euros équivalent alors à près de 3 % d’un mois de ressources, juste au-dessus de ce seuil. Ce sont ces revenus intermédiaires qui portent l’effet du dispositif: trop élevés pour l’aide, trop faibles pour absorber un frais fixe.

Fichage, avis médical, promesse ministérielle: l’agenda ouvert en 2026

Quatre dossiers ont bougé entre la marche de 2025 et l’été 2026. Ils dessinent le contenu probable des prises de parole de la prochaine édition.

  • Le 7 juillet 2026, le Conseil d’État a rejeté le recours de sept associations. Elles demandaient l’abrogation du fichier de police créé fin 2023, qui recense les changements de nom et de prénom. La juridiction a refusé de voir des données sensibles au sens du règlement européen sur la protection des données.
  • La Haute Autorité de santé a publié le 18 juillet 2025 ses recommandations sur la prise en charge des personnes trans adultes, actant la dépsychiatrisation des parcours. Le volet consacré aux mineurs a été ouvert plus tard. La note de cadrage date du 25 février 2026, et la validation des recommandations est annoncée pour le second semestre 2027.
  • Le texte voté au Sénat le 28 mai 2024 encadre les traitements proposés aux mineurs. Transmis à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2024, il n’y a jamais été inscrit à l’ordre du jour.
  • Fin juillet 2026, la ministre chargée de l’égalité s’est déclarée favorable à une déjudiciarisation du changement de mention de sexe, avec un horizon annoncé à 2029. Les associations ont relevé le décalage entre cette échéance et la fin du mandat en cours.

Une circulaire de politique civile du 8 janvier 2026 s’ajoute à ce tableau. Elle rappelle aux juridictions et aux officiers d’état civil qu’aucun certificat médical ne peut être exigé. Un rappel du droit existant, pas une extension. Le périmètre de l’article 61-5 du code civil reste inchangé.

Ce qu’une marche ne règle pas

La marche est un rendez-vous de visibilité et de rapport de force. Elle n’ouvre aucun droit, et les revendications portées dans la rue n’engagent ni le législateur ni l’administration. Elle ne raccourcit aucun délai de rendez-vous médical et ne fournit pas d’accompagnement individuel dans la durée. Une seule édition dispose d’un chiffre de participation publié par la presse spécialisée: celle du 21 octobre 2017, évaluée à 2 500 personnes. Les organisateurs ne communiquent pas de bilan chiffré systématique, si bien que toute comparaison d’une année sur l’autre reste fragile.

Pour une famille qui cherche des réponses opérationnelles sur les démarches ouvertes aux mineurs, les deux calendriers ne se recouvrent pas. Le calendrier militant se joue sur une après-midi d’octobre. Le calendrier administratif se compte en mois de procédure.

Repérer l’annonce de la date sans se tromper de source

Trois réflexes évitent de recopier une date périmée. Vérifier le millésime de la page, car beaucoup de résultats de recherche datent de 2025 et parlent au présent. Vérifier le jour de la semaine annoncé, puisque toutes les éditions documentées depuis 2002 sont des samedis. Vérifier enfin qui signe l’appel, la question de la coordination légitime restant ouverte depuis octobre 2025.

Les canaux de première main sont le site du collectif organisateur, ses comptes de réseaux sociaux et les communiqués des associations signataires. Les agendas militants et les sites d’événements reprennent l’information ensuite, et corrigent rarement l’année précédente.

Rédaction: Grandir Trans, association nationale de parents d’enfants trans. Données vérifiées le 19 août 2026. Les dates d’édition antérieures proviennent des annonces des organisateurs et de la presse spécialisée. La date de la 29e édition n’était pas publiée à cette date, et cet article sera mis à jour dès son annonce.

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